lundi 29 septembre 2014

barbarophônon


§. Dans les couloirs puants du métropolitain, dans les gares, dans les trains, sur les trottoirs, partout, ceux qui brament, qui barrissent le plus volontiers dans leurs téléphones-insupportables sont les malvenus.
 Ils ne conversent pas, ils émettent les onomatopées gutturales propres à leur espèce, des cris tribaux qui sont autant de proclamations de leur être-là, ici, triomphant !
 Ces langages ne se prononcent pas, mais s'expectorent comme des mollards bruns dans la faïence ébréchée de France.

 Les plus vociférants rotent dans leurs téléphones des borborygmes affreux. Ils sont fiers de gueuler, de s'affirmer, de faire miroiter dans la stratosphère auditive leur être sonore : l'être naît d'abord en tant que vagissement, affirmation primordiale de son essence.

§. Paradis perdu de l'intime, "ne quitte pas chérie, quelqu'une frappe à la porte", du quant-à-soi, où l'on gardait ses distances. Enfer du téléphone portable. Une telle technique inique ne pouvait que faire le bonheur de la nouvelle sous-humanité frénétique. Plus on descend dans l'échelle hominine plus on téléphone. Le portable est comme le christianisme ancien, fait sur mesure pour la Femme et le Primitif. Mais où l'un apprivoisait et rendait aimable, l'autre renchérit maintenant sur la barbarie innée.



Barbare vient de borborygme ! De barbarophônon dans l'Iliade, le barbarophone celui qui parle Barbare, par borborygmes !
Si Nietzsche dit « l’Allemand n’a pas de doigté pour les nuances » que dire de ces affreux borborygmes que l'on entend dès que l'on sort de chez soi ! (Et m^me chez soi d'ailleurs, depuis les fenêtres béantes des appartements où les apartés se beuglent.)

  §. PHILISTINE : - C'est votre xénophobie, votre peur de l'étranger, de ce que vous ne comprenez pas.
- Pourtant O dinde loquace, je ne comprends ni l'Italien ni l'Allemand ni le Russe mais leurs modulations sont aimables à mes oreilles.
 D'ailleurs j'en ai autant au service du « Français » parlé d'aujourd'hui, en lequel l'accentuation, l'inflexion, la désinence y sont fausses, faussées.  Son esprit absent et sa lettre souillée, toutes ses nuances et son ton irrémédiablement perdus, au profit de ce nouveau sabir séfarade pire que toutes les barbarophonies du monde, puisque la mutilation sera toujours plus amère que la difformité native.

3 commentaires:

Jimmy John a dit…

Les anglo-saxons ont un verbe formidable pour désigner le comportement que vous décrivez: "to chimp out".
Ce qu'on pourrait traduire par "faire le chimpanzé".
Ce verbe vient de l'étude du comportement des singes dont les manifestations bruyantes et l'utilisation de déguisements lorsqu'ils en ont à disposition, ont pour but de se distinguer du groupe afin d'obtenir des gratifications alimentaires ou sexuelles...

Anonyme a dit…

C'est triste de justesse cette vision: la dégradation spirituelle, maintenant inexorable, des nations européennes.

Nocif

Beninho a dit…

Ces onomatopées prononcées par les "singes urbains" ça commence à gagner du terrain.

La langue française est balayée, résistons, grâce à Félisque on ne sombre pas.