samedi 2 novembre 2013

Ephémérides



"Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs"
Charles Baudelaire

W
Sous sa crypte exiguë, le squelette cassant
Craquelé de courroux, n’exemptait d'anathèmes
Celle qui naguère encor l'abreuvait de Je t'aime : 
« Quelques chrysanthèmes sur mon tertre moussant,

Est-ce trop espérer, au fond de ce trou noir ? 
Quelques pensées aussi, prières traversant
Ma pierre goutte à goutte, par mon vieil arrosoir. »
Cependant, pomponnée, au milieu des passants,

Sous l'auvent du portique elle faisait les cent pas.
-« Entrons nous un instant sur la tombe de Pierre ?»
Lui dit, l'ayant rejoint, sa marâtre douairière  
Apportant un dahlia, la fleur qui ne sent pas.

- « Non, l'heure a sonné, et Toussaint c'était hier !»
Au soir les Veuves lisant, devant une théière,
Dans les éphémérides : deux Novembre-Défunts
Un fantôme passa, avec un froid parfum.

Félix Niesche ©copyright France.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est tout simplement magnifique,
fraternellement,
Ibara

orfeenix a dit…

Dieu de mes pères, le beau poème, Reverdy lui déposerait une gerbe,j' en suis convaincue.

Anonyme a dit…

En ces jours de funestes floraisons, point de Dahlia ni Chrysanthème. Des Roses et des Lys au gré de l'océan.
Et sur lit de Lotus des Pensées à foison
dans d'opaques brumes de mousson.
Marguerite