dimanche 16 décembre 2012

À la Pissotière de l’auberge


Cet hiver ne me sera d’aucun secours
Même les froissements monotones des vagues
À Etretat
Ces pages du Livre des Heures
Tournées à fond les falaises
Par les doigts avides du vent
Vent du Nord, vent qui mord
O cristaux de givre et de quartz !

Comme ce retour d'été vert
D’hier au soir
À la « Pissotière de l’auberge »
Ne m’a pas prêté main-forte
O saisons ! O solstices !
Comment m’entendriez vous 
Solipsites qui buviez mes paroles ?
Vox clamantis

Comme l’hélix
J’ai rentré mes cornes dans la spirale
Et la coquille
Quelle inconsistance
Entre vos doigts enfantins
Beurre et persil que j’étais accommodé
Délicieusement
À vos sauces

De joie la carafe s’est brisée
Adieu cristal adieu l’ivresse
J’ai ramassé un à un les bris
Le sang chaud sur mon poignet
L’ombre pâle soudain
Les rives beurre-frais
Comme ma manchette de batiste
Tâchée de sang
Que nous portions à nos lèvres
À nos corps défendant
O les œillets rouges sur la neige
À venir

J’ai tant fait sapience n’est-ce pas
Qu’à jamais : silence !
Vous n’entendrez plus guère
Le doux froissement de l’hélix
Qui rampe sur ses feuilles
Comme lui je rentre mes cornes
Ma spirale s’est enroulée
Je ne suis pas près d’en sortir

Félix l'hélix

8 commentaires:

brebis gall a dit…

c'est superbe !

brebis gall a dit…

mais aussi...inquiétant !

orfeenix a dit…

De grâce ne cédez pas à la profondeur infinie des spirales!Tout me touche dans ce poème, le kayros à Etretat,l' image de l' escargot fragile et gracieux, ce prophète qui n' est pas entendu, mais s'il vous plaît, que cela reste une esthétique,j' ai besoin de votre sagesse.

L'abbé Tymon de Quimonte a dit…

Merci à vous Brebie et Feenixe;
un poeme n'est qu'un poème, un moment... ressaisi; nulle prophétie...

Anonyme a dit…

C'est tout simplement très beau!...
Amicalement,
Ibara

Antan a dit…

L'Abbé, je peux me tromper mais, lorsque vous vous regarder dans un miroir réfléchissant (un miroir qui réfléchirait, quelle absurdité ?!), changez-le par une simple vitre et regarder au-delà de la transparence de cette vitre, il y a beaucoup à découvrir que dans un incessant aller-retour de la lumière d'un miroir classique.
Pourquoi tournez-vous ainsi en vain à vous dévaloriser (je voulais écrire "à vous détruire" mais je n'ai pas osé !).

Le soleil se lèvera sans vous, c'est sur.
Faites en sorte de vous lever le plus longtemps avec lui, c'est possible.

J'ai hésité à répondre à votre billet.
Ai-je eu tort ou raison, je n'en sais rien.

esprit-i-monde a dit…

il n'y a pas grand chose à dire devant certains états oscillants de consciences, nuances dépressives par ici, conscientisations par là-bas...
Mais qu'au sortir... la nature, elle, la grande équation est toujours bien là!.. miracle destiné aux derniers indemnes amoureux.

esprit-i-monde a dit…

j'en avais conclu au sortir miraculeux d'une très pénible destruction de mes échafaudages intellectuels, il y déjà bien longtemps, j'y reviens sans trop rire...
Qu'en conclusion de tout, la simple odeur du poulet sur le grill était capable à lui seul de monopoliser l’entièreté de mes facultés, pour autant quelle se manifesta au bon moment.