Félix Niesche: Or donc, Monsieur l'Abbé, les pantalons tombent jusque sur les tombes, et il existe des strings de deuil on dirait.
L'Abbé Tymon de Quimonte: Mon fils, ce genre de clichés, que vous vous délectez à afficher, sont autant d'épreuves pour notre modestie et pour la bienséance, et ne sont que des négatifs en ceci que nous sommes suffisamment assaillis par cette laideur, chacun en est incommodé, on n'en a pas de reste à répandre.
Félix: De pareils clichés, Monsieur L'Abbé, au propre comme au figuré, ces épreuves, preuve de l'abaissement généralisé (des pantalons), sont pourtant la norme, la menu monnaie courante, je ne les répands pas, je les divulgue, pour l'édification de nos lecteurs.
L'Abbé: Cette monnaie courante comme vous dîtes, mon fils, vous révulse et vous navre car elle démonétise définitivement le peu de cette féminité originelle qui subsistait, et que vous adoriez peccamineusement, il n'est que de lire vos diatribes qui révèlent le fond secret de votre Nostalgie.
Félix: ..oui je suis un poète blessé et mélancolique...
L'Abbé:Mélancolique? Oui, comme un loup solitaire hurlant la nuit au clair de lune dans les bois noirs votre désespoir du remplacement des belles biches effarouchées, des petites poulettes qui caquettent par des truies bien découplées et des juments chercheuses en sciences sociales.
Félix: Le pire c'est que les truies ont de gros derrières roses et les juments de longues croupes musculeuses qu'elles exhibent librement...sous la protection de la Gestapo ni pute ni soumise.
L'Abbé:vous n'êtes, mon fils, qu'un incorrigible libertin!
Félix: repenti mon Père, repentant et pénitent. Je bats je crois, suffisamment ma coulpe, mea coulpa, mea coulpa, mea maxima coulpa... Il suffit de savoir me lire.
L'Abbé: Quiamdiu tui plenus non fum,gravis mihi fum..
"Quand je ne suis pas plein de Dieu, je suis à charge de moi-même".
Dans vos écrits antiféministes, je n'aperçois mon fils, ni repentance, ni contrition, mais nostalgie, lassitude et peut-être amertume.
Félix: Ainsi, vous même, monsieur l'abbé, tel une duduchette ensoutanée, vous ne m'entendez guère!
L'abbé: Je crois au contraire, vous apercevoir très bien, mon fils: comme je l'ai dit, l'actuelle Gynécocratie vous pèse et vous lèse pour l'unique raison qu'elle scelle la disparition de l'archétype de la Femme Originelle: alors vous tirez votre révérence.
Félix: Hé! l'abbé, l'âge! La maturité qui vient..
L'Abbé: La maturité? La vôtre? Vous n'auriez jamais "cédé au règne des femmes, le sceptre de votre frénésie", pour vous citer, mon fils, si vous n'y aviez été contraint.
Félix: Par la Gestapo féministe peut-être?
L'abbé: Par la gynécocratie triomphante. Le règne de Kaali, Déesse de la Dissolution et du Sexe, le Kali-Yuga: la phase terminale du dernier âge, l'Âge Sombre .
Félix:Je n'arrive pas à comprendre comment vous un Prêtre Catholique, même excommunié, même apostat, pouvez continuer à embrasser votre Foi en épousant les thèses guénoniennes ou évoliennes ?
L'Abbé: Parce que cher fils, elles reprennent la distinction classique d'Aristote, entre la Forme et la Matière. Forme et Matière sont les manifestations des deux grands principes métaphysiques primordiaux, le Principe Viril, solaire, le Principe Féminin, des Eaux.
Félix: La perpétuelle humidité de la femme...
L'Abbé: Plutôt la Substance indifférenciée, la vie antérieure à toute forme, à l'état "libre". Notre époque est un âge de nivellement, d'indifférenciation, de submersion du Pôle masculin par les eaux corrosives amazoniennes.
Félix: la fin du Politique, de l'ordre, de la régularité, de la consistance, de l'unité, du principe de réalité, de l'individuation, du mérite, de la justice, de la Beauté, de la rigueur, de la Science, de l'excellence et de l'exactitude.
A la place le hideux règne du psychologisme, de la moraline, du sentimentalisme, de l'hystérie, culte du corps, des stars, du cinéma, de la mode, du clinquant, du toc, de l'exotique, de la pensée magique, des magasins et des magazines...
l'abbé: ...et dans la modalité de la relation intime, mon fils, le principe féminin domine maintenant le masculin.
Les eaux dissolvantes et souterraines imprègnent le principe viril et le dégradent au plan phallique.
Félix: Je vois ici, monsieur l'abbé, une loi dialectique: la contrepartie inexorable de la féminisation du spirituel, par compensation, fait déchoir la virilité dans une matérialité grossièrement phallique.
D'où cet étalage de caractères sexuels secondaires du mâle en proportion exacte de l'amoindrissement intérieur de leur virilité..
l'abbé:... comme les crustacés, carapace dure, chair molle... L'exact contraire du gentilhomme d'ancien régime, policé, raffiné, maniéré parfois, mais avec une dague acérée sous les dentelles et capable de vous rentrer trente pouce d'acier dans le ventre..
Félix:...au lieu que, sentimental abbé, nos"machos"d'apparat, affectent une virilité festive, toute en devanture, pour complaire au désir hystérique, puisque contradictoire, de leurs compagnes voulant dominer dans la vie mais voulant être dominée au lit.
Ce ne sont que des mâles domestiques esclaves de ces femelles. Ils s'attachent, puis font des scènes et pleurnichent, ne savent pas créer une distance.
l'abbé: Distance nécessaire pourtant. En tout cas pour la Femme de la Tradition, pour qui l'amour: "ce n'est pas seulement le dévouement, c'est un don total de corps et d'Âme, sans restriction, sans nul égard pour quoi que ce soit; elle aurait peur tout au contraire, elle rougirait, d'un abandon sous condition, lié à des clauses .C'est cette absence de condition qui fait de son amour une Foi: la seule qu'elle ait...un homme qui aime comme une femme devient un esclave; au lieu qu'une femme qui aime en femme n'en devient que plus parfaitement femme." Friedrich Nietzsche.
Félix: Voilà ce qui ma toujours manqué!!
l'abbé: une pareille femme?
Félix: non un tz à mon patronyme! Tout est dit. Car j'en tiens autant pour la volonté de puissance féminine et n'ai jamais milité pour je ne sais quel retour vers un asservissement des femmes!
L'Abbé: probablement, mon Fils, mais l'impossibilité quasi ontologique, dans notre époque opaque qui n'a plus rien d'épique, de l'existence de tels caractères magnifiquement féminins fait de votre existence, celle des natures baudelairiennes, et celle des "Don Juan", un enfer. Vae Soli.
Félix: C'est l'horrible vérité. J'avais pensé, l'Abbé, à écrire une nouvelle, où Satan jugeant le monde suffisamment à point pour humilier l'orgueil indomptable de Don Juan, le renvoyait sur terre, céans. Peut on imaginer pire pour des types comme Baudelaire ou Don Juan: revivre à notre époque? Laissant tant à désirer qu'il n'y a plus rien à désirer, rien à aimer.
Mais pour moi vous exagérez, j'ai fait le choix d'une vie sereine, je me tiens à distance et en dehors de la farce, qui n'est plus à tout prendre qu'une simiesque compétition sexuelle.
L'Abbé:Sage conduite: notam facmihi viam in quâ ambulem,quia ad te levari animam meam
Félix: Vous m'ôtez les mots de la bouche.
Amen.