jeudi 28 mai 2009

Recommandée avec accusé de déception


Ouf! J'ai pu enfin quérir hier, une lettre recommandée datée du 2 mars 2008.

Il faut les en féliciter: les personnels en service agissant provisoirement encore sous le statut de fonctionnaires d'Etat, veillent avec zèle à ce que la concurrence libre, de tous contre tous, ne fut en rien faussée par d'odieuses discriminations.

Une journée ordinaire à la Poste.
Après avoir piétiné plus de cinq heures, je me présentais, hagard, au Guichet N°4: là, l'agent, harrassé d'avoir dû aider à la rédaction en Bambara (ou en Malinké) du mandat de Dix-huit-mille-septante-sept euros et quatorze centimes, qu'un solide reproducteur dans son rutilant bogolan traditionnel du Botswana, et dans un louable soucis familial, adressait chaque semaine à ses autres épouses restées à Bandiagara, cet agent, ruinant mes espérances, me flanquait par la figure un écriteau: Ce guichet est momentanément FERME, avant de s'en aller prendre une pause, bien méritée.

Je me précipitais incontinent, au Guichet N°2, dont les membres d'une nombreuse famille caquetante du Soleil Levant, contre toute attente, venaient de lever le siège, mais malheureusement pas avec une vélocité suffisante, car une macrocheilique lippe, unique proéminence visible jaillie de dessous une sombre cagoule, me signifia civilement mais fermement: "hé tes pas d'c'guichet toi! l'blaireau, casse toi! ou j'te nique ta putain d'race d'ta mère!"

Las! Amer, de guerre lasse, nous allant sustenter et prendre un peu de repos en nos pénates, pour reconstituer les forces qui nous permettront de retourner guigner, opiniâtrement, cette lettre, aux guichets de La Poste, le lendemain, où nous aurons, qui sait, moins de guigne que ces vingt-cinq derniers jours, il nous fut loisible de prendre connaissance, en chemin, des fortes paroles inscrites sur un tract que de vraies factrices de la CGT, le premier syndicat de La Poste, nous ont tendu à la sortie:
"Nous sommes totalement opposés à tout changement du statut de l'entreprise et à son ouverture de son capital, quelle qu'en soit la forme: on y voit une privatisation rampante".
"S'il y a besoin de financement de la Poste, et la démonstration n'est pour l'instant pas faite, ça doit se faire dans le cadre d'un pôle public financier, et cela ne nécessite pas la transformation de la Poste en société anonyme
".

Propos que j'ai eu le loisir de méditer, pendant les jours, les semaines, les mois suivants, avant de recevoir enfin, d'une main trémmulante et avec des larmes de reconnaissance, hier au soir, à l'heure de la fermeture, cette missive après laquelle je soupirais depuis si longtemps, piétinant le jour, hallucinant la nuit.

Il ne s'agissait que d'une injonction préalable, liminaire à un testament, d'un notaire exerçant sa charge en région et m'informant qu'un mien parent, après l'extrême Onction, le premier mars 2008, (15 mois déjà! pensé-je, mon Dieu, comme le temps passe, fugit irreparabile tempus): ...."désireux de ne point rendre l'âme intestat, souhaiterait vivement ("vivement" ici, ne convient pas pensé-je), en ces circonstances funèbres, vous avoir auprès de lui avant de rendre l"âme."
Le notaire m'informait, en sus, qu'un codicille du de cujus successione agitur, stipulait qu'en cas d'absence, l'immense fortune de ce parent très pieux irait à des oeuvres.

Trop tard! hélas, me dis-je, il doit être déja poussière, inutile de nous précipiter.
Néanmoins, il me faut reconnaître que ce surcroît de soucis que représente la gestion d'une immense fortune et d'un vaste patrimoine me sera épargné, grâce à l'application impitoyable des traités européens.
Et, attendu qu'il me faut contre absence de fortune, faire bon coeur, et conserver un train-train d'existence de pauvre littérateur exilé au milieu d'écri-vaines, je ne vais pas tenir la bride à mes humeurs prolétariennes:
Retour au monopole public de la Poste!
A bas l'Union "européenne"!
Félix le chat

0 commentaires: